Jérôme Camuzat

JEROME FREDERIQUE CINDY

Jérôme, Frédérique et la comédienne Naëlle Kervoas.
Cette image réalisée en 1993 par Robert Fraisse le chef-opérateur des PIN-UP/Sosies
est un magnifique souvenir et un bel hommage à Jérôme Camuzat.

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Un rêveur dans la tourmente des images
Le réalisateur Jérôme Camuzat a mis fin à ses jours à l’âge de 35 ans, le 2 août 2000, alors qu’il venait de terminer le montage de son dernier film, Plus jamais seul *.
Jérôme Camuzat s’est fait connaître en 1990 quand, ayant créé sa propre société de production Iliôm avec sa compagne Frédérique Bompuis, ils co-réalisent la série des Pin-Up de Canal + . Dans ce programme court, de belles nageuses échouées au milieu des coquillages ou de séduisantes insurgées portant sombrero et jupe fendue s’employaient chaque jour à effeuiller une nouvelle page d’un calendrier tout à fait inédit.
Ces brefs spots avaient aussitôt rencontré un si vif succès que les séries se succédèrent au cours des années 90. Signe s’il en est de leur popularité, elles inspirèrent des parodies réalisées par les Nuls ou Jean-Paul Gauthier qui mit en scène son propre « Pin-Up Boy ».
La dernière série que signèrent Jérôme Camuzat et Frédérique Bompuis avec Canal +, était faite de véritables petits films – des mini-fictions oniriques et sophistiquées qui rendaient hommage en 35mn aux grands mythes féminins du cinéma.
Au-delà de son succès, cette partie de son oeuvre a surtout permis d’imposer très tôt son style si particulier – fait d’un mélange de fraîcheur presque naïve, de sensualité de l’image et d’une pointe de lyrisme qui n’exclut ni l’humour ni le clin d’oeil.
En tournant ses premiers spots des Pin-Up, alors qu’il n’avait que 24 ans, Jérôme Camuzat était devenu l’un des plus jeunes auteurs-réalisateurs-producteurs du paysage audio-visuel français.
Comme bien d’autres engagés comme lui aux avant-postes du vaste bouleversement des médias dans les années 80, et qui ne voulaient pas se soumettre à la loi des films de commande, il avait dû faire preuve d’autant d’audace que de patience. Pour cela il avait gardé de ses origines jurassiennes et populaires (il était né en 1965 dans la région du vignoble de Château Châlon) des qualités qui étaient, avec son talent, ses meilleurs viatiques : un sens spontané du contact humain rare dans ce milieu, mais aussi une opiniâtreté hors pair.
Dés ses débuts de réalisateur-producteur, avec sa compagne Frédérique Bompuis, ses choix l’ont porté sur des voies fort diverses qui le serviront plus tard dans ses films de long métrage. Le premier programme court, avec le personnage de « Mister Stop » interprété par Ged Marlon et Jean-François Perrier, l’infographie, avec sa conception de l’habillage de la chaîne du réseau câblé de Saint-Etienne et le générique Premier Siècle, pour l’ouverture de la manifestation du centenaire du cinéma.
Ses goûts le portant volontiers vers les genres qualifiés de mineurs, il rêvait de consacrer un film à l’oeuvre de Saul Bass, celui-la même qui – de « psychose » à « L’homme aux bras d’or » – avait donné à l’art du générique ses lettres de noblesse.
La vraie passion de Jérôme Camuzat était la culture de masse de notre temps. Son ambition était de capter ce mécanisme secret, presque insaisissable, par lequel les images comme les objets marquent de leurs empreintes, l’imaginaire collectif de toute une époque.
Il s’y est employé une première fois avec un magnifique documentaire de 52′ consacré à la mythologie de la « fille qu’on épingle » – de ses origines européennes avant la guerre de 14-18 à son apogée aux Etats-Unis dans les années 40 et à son déclin.
Intitulé « Pin-up, Un Siècle de Fantasmes », ce film produit par Canal +, Flach Film et la chaîne américaine Show-time, connut un large succès critique lors de sa diffusion en 1994.
Le réalisateur a ensuite entrepris un documentaire consacré à un autre grand rêve contemporain – celui du design peuplant nos vies d’objets utiles, beaux et accessibles à tous. La figure légendaire de Raymond Loewy, le pionnier du design industriel, le fascinait depuis longtemps : d’origine française, ce visionnaire était le concepteur du Frigidaire, du paquet de Lucky Strike, du distributeur de Coca-Cola comme de l’habitacle du Skylab pour la NASA. Aussi Jérôme Camuzat s’est -il lancé à corps perdu pendant plusieurs années dans ce projet pour lequel il avait déjà rassemblé la documentation, acquit une part importante des fonds d’archives personnels de Loewy, rencontré ses héritiers, écrit le scénario …
C’était en travaillant sur un autre projet, une série sur les objets les plus célèbres du XXème siècle qu’il était tombé, presque par hasard, sur le sujet du téléphone portable. Cherchant un objet pour prolonger une liste qui commençait avec l’ampoule d’Edison et se terminait avec le Macintosh de Job et Wozniac, la petite machine à communiquer s’est imposée comme une évidence fulgurante.
Le projet a rapidement séduit Arte qui préparait une soirée Thema sur les nouveaux usages du téléphone. Ayant retenu pour le film un titre qui semblait hésiter entre douce utopie et cauchemar technologique, Plus jamais seul, Jérôme s’est engagé tête baissée dans l’aventure. Frédérique, sa compagne a produit le film.
Il voyait là une occasion d’aborder une manifestation de ce que la modernité peut avoir encore aujourd’hui de plus radicalement démocratique. En abordant le phénomène de l’irruption du portable dans la société, il voulait montrer ce qui se joue derrière les courbes de vente et la réussite industrielle. Il pensait que cet objet magique, qui transmet la voix humaine partout et à tout moment, peut changer notre quotidien, nos façons de communiquer, mais aussi un peu notre destin. A l’image de cette scène du film policier japonais « Bullet Ballet » qui l’avait tant frappé (et dont il avait tenu à rencontrer le réalisateur pour l’interviewer) : en pleine bagarre rangée au fond d’un souterrain, l’un des jeunes voyous prend le temps d’appeler sa mère sur son portable pour la prévenir : « Maman, je ne rentrerais pas dîner ce soir. ».
Bertrand Mary, le 18 octobre 2000
*Documentaire co-écrit avec Bertrand Mary.

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La pin-up : sa véritable histoire

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Pendant 10 ans, de 1991 à 2001 sur Canal +, une virgule à la hanche mutine, au téton arrogant, venait perturber d’un clin d’œil le cours crypté des choses. On la reconnaissait facilement : quelle que soit son humeur ou son activité, la dame tricotait des jambes et souriait des deux seins.
Pratique autant que généreuse, elle donnait en sus la date du jour ; Nageuse échouée, amazone sans rancune, la pin-up (car c’est elle) s’offrait à tous les regards dans des poses intéressantes. Elle se dévoilait sur l’écran avec la même élégance, la même tranquille candeur, que ses ancêtres de papier.
Danseuses de french-cancan ou vedettes des chambrées, les « filles qu’on épingle » en anglais to pin-up ont traversé le siècle, survécu à plusieurs guerres, une révolution sexuelle et quelques top models. Co-réalisateur des Pin-up, d’Iliôm/Canal+, Jérôme Camuzat a raconté, après quelques autres, leur riche histoire dans un documentaire de 52′ : « La Pin-Up un siècle de phantasmes »*.
Car la pin-up est aguicheuse, certes. Deshabillée, c’est sa nature. Elle est surtout sophistiquée au plus haut point. Dessinée, photographiée ou filmée , la pin-up est toujours artificielle. Elle naît d’un travail – mélange de technique, de désir et de savoir-faire – mis au service du rêve. Du crayon décisif de Varga, qui ombre une beauté anonyme, aux dispositifs très élaborés qui signent les séries d’Iliôm, une vrai pin-up se reconnaît à sa lumière, son grain, son parfum. Le modèle, l’actrice, le maquilleur, le coiffeur, le chef opérateur, le costumier, le musicien, l’accessoiriste, autant de corps de métiers attentifs à créer une perfection formelle et cependant propice à l’imaginaire.
Le très grand mérite de l’équipe d’Iliôm, et de ses deux auteurs réalisateurs Frédérique Bompuis et Jérôme Camuzat a été de donner, avec ces séries inspirées par le cinéma, une nouvelle dimension à la pin-up en respectant sa nature : être une icône rieuse et troublante.
*voir l’édition du DVD « L’intégrale Pin-Up » Studiocanal video, Universal/ la Fnac, Iliôm/Noël 2003
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